Sunday, April 08, 2007

Theory et Bad Writing

Il faut donner bien sa place, dans l'histoire de la Theory, et avec ses répercussions sur ce qu'on peut continuer à explorer de la théorie en France, des années héroïques et de l'ordinaire théorique qui suit ou reflue, au thème américain de Bad Writing.
. Question de lecture. (Que je rencontre étonnamment vive, étonnamment épaisse comme problème - la poutre toute entière dans l'oeil, ou dans le gosier quand il s'agit de négocier un dialogue across cultural difference - dans l'enseignement ici, and beyond.)
. Question de traduction : l'anglais a un air tout gauche, et affecté - ce n'est pas trop dans ses habitudes -, c'est sûr, à faire le miroir des ciselures de discours de Barthes, de Derrida, de Lacan, leurs propres affectations incluses. Et l'effet se charge d'un contentieux culturel ancien entre l'Amérique et la France, une méfiance. La question du langage (et de la littérature - tiens, voilà : il y a des "âges" littéraires, tels, que d'autres ne le sont peut-être pas [Poe et le Brevities] ; il y a des cultures littéraires, telles que d'autres ne le sont paut-être pas [voir Tocqueville vol. 2, que je rechigne à entreprendre]) y est une veine sensible. Cumulativement.
. Question d'intertexte, de tressages de lectures, de citations et effets d'allusion, name-dropping, les noms magiques, aussi. C'est une pratique, bien enserrée dans son contexte de pratiques discursives (discours de l'éducation, discours des colleges - au-delà de ça?), autochtone : voir Cusset sur la survey et les readers, et même Said sur le naming, contre le "when the hard work begins" de la vie politique et culturelle une fois qu'on a nommé une nation ("The Politics of Knowledge".) Prendre les noms pour leur pouvoir. C'est encore une question de lecture.
. Question de l'isolation de l'université dans la société américaine. Son discours pouvant s'enrouler sur lui-même à loisir (argument de Bill Readings dans son diagnostic de l'asphyxie de l'université). Argument tout prêt pour les anti-théories. Ce statut reste encore un mystère pour moi, et je voudrais squeeze more out of Cusset ou Graff là-dessus : but can't.
. Question d'anti-théorie, tout à fait transculturelle, enfin. Les "philosophistes" de Ferry et Renaut, côté français, par exemple. "Jargon", le mot même est en commun. Mais c'est "Bad Writing" qui m'intéresse - quand on sait que "writing"/écriture est le mot-concept peut-être capital : du Barthes de Critique et vérité et onwards, de Derrida surtout. Le mot opératoire qui permet à la théorie littéraire, et aux redistributions entre concept et langage, par exemple entre philosophie et poème qu'invente la théorie littéraire des 60s-70s (Sollers l'arrête en 1980, dans la préface à la seconde édition de Théorie d'ensemble, je crois me rappeler), de devenir l'un des lieux actifs de la création épistémologique, et de la prise critique sur le contemporain, du temps. Un des lieux vifs des "conséquences innombrables" ouvertes par la linguistique saussurienne.

Note de Cusset sur Butler, French Theory p. 210 : "Elle a même remporté en 1998 le concours annuel du 'jargon académique' (Bad Writing Contest) organisé à titre parodique par la revue universitaire Philosophy and Literature".

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Wednesday, February 07, 2007

Avoir de la littérature

Voilà, un caractère que je reconnais maintenant de la pratique universitaire de la littérature (English) aux Etats-Unis : la littérature se lit, beaucoup, longuement et largement, en volume - plus que dans les universités françaises que je connais. Les étudiants s'attendent à avoir de longues lectures à faire pour chaque cours. On ne s'étonne pas d'avoir à passer, pour un cours d'un semestre, dans la Divine Comédie, Don Quichotte, Anna Karénine, un bon Dickens, Madame Bovary. En passant deux ou trois semaines sur chacun. Les bons étudiants et les collègues ont de la littérature (tiens, je viens de lire René Wellek sur l'histoire de "literature" depuis Rome), une culture.
Le premier discours qu'on tient sur la littérature : enjoy, read, experience - connect with. Response papers. On parle de son expérience de lecture, how does it make you feel? Alors les masques et écrans ordinaires : le personnage, les sentiments de l'auteur. [nb : sujet type pour les devoirs de Français de la génération de mes parents : "Description et analyse des sentiments"]. On a beaucoup de mal à attirer l'attention vers la langue et le comment ; vers le précis et la lettre. Pour arriver au signifiant il faut une marche forcée, patiente.
ça m'intéresse. J'ai envie de me le laisser entendre, et trouver comment faire avec dans l'interaction en cours. Question d'éthique. Et oui des savoirs éthiques qui se forment dans la lecture de la Great Tradition de Leavis - George Eliot. C'est délicat, il faut y aller avec une attention, c'est une question fine de l'historicité. Etre celui qui experiences, ou devenir celui, devant, de l'experiencing.
Avoir des lettres. La littérature comme culture : un savoir moral et social, culturel et personnel. Bildung, ensuite. Woolf et l'éducation at home par la littérature anglaise (et sous l'égide du père historien et biographe de la littérature, Leslie Stephen Mr. Victorian-Letters). Les lettres comme capital culturel, aussi, naturellement : comme bagage du gentleman. Rafinement des moeurs, et artistocratisme.
M'intéresse, d'approcher ces zones des savoirs humanistes et libéraux. Tradition, culture, et leur fonctionnement par infusion, anti-technique, anti-objectivations. Des choses fines à y savoir, de la nature d' histoire. Dans Tocqueville sur la vie des peuples, la vie comme culture.
Tradition, culture, littérature : concepts d'une droite douce, conservatrice, et qui sait ce qu'elle conserve. Une théorie des sociétés. A récupérer comme source et lac, pour une finesse critique.

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